Se sentir importante pour les bonnes raisons

Savoir dialoguer dans un couple

Si la force qui vous pousse à modeler, former, sauver ou guider celui que vous aimez est puissante, il vous sera utile de vous pencher un peu sur vos « bonnes » intentions et de savoir si elles produisent les effets que vous en attendez. Les femmes qui deviennent des « saint-bernard » attirent énormément les hommes fragiles et, pourtant, elles recherchent sans cesse un équilibre délicat entre leur image de compagne généreuse et serviable et leur image dominatrice. Si vous étudiez de manière objective l’influence que vous exercez, vous découvrirez peut-être que l’homme qui vit avec vous devient lentement moins réceptif ou réagit moins à votre aide et à vos incitations C’est le signe évident qu’il se sent dominé. La domination n’est pas nécessairement mauvaise tant que nous nous souvenons de ses conséquences. Les personnes dominatrices ont besoin de personnes dépendantes et les personnes dépendantes cherchent des partenaires dominateurs. Tout cela va très bien ensemble, à un détail près : le ressentiment caché. Caché, car il existe toujours une certaine ambiguïté dans le fait d’être dominé — en fait, l’homme qui est plus faible ne veut pas perdre l’aide de la femme mais, en même temps, il est irrité d’être en position de dominé. Comment peut-on faire alors pour modifier le rapport de force sur lequel repose la relation? Peut-être n’ignorez-vous pas votre besoin d’être nécessaire, même si ce type de lien avec un homme s’est révélé négatif. Deux solutions s’imposent : vous devez être prête à abandonner une partie du pouvoir qui accompagne ce type de domination et vous devez commencer à en parler plus ouvertement avec votre partenaire. Veut-il vraiment que vous l’aidiez ? Souvenez-vous que les résistances se situent souvent au niveau inconscient. Par conséquent, même des réponses positives du type : « Tu es ce qui m’est arrivé de meilleur dans ma vie », doivent être évaluées par rapport au comportement concret d’un homme à votre endroit. Par exemple, est-il d’accord avec vos idées, vos projets, vos objectifs, pour ensuite invariablement ne pas les appliquer? Devient-il plus passif? Semble-t-il sur la défensive ou réagit-il comme s’il se sentait critiqué ? Ce sont là des signes que vous vous trouvez face à un homme adoptant progressivement une position passive/agressive dans la relation. Les hommes chérissent la partenaire qui les aide. Mais certains de ceux qui se mettent en situation d’être aidés en éprouvent ensuite de la rancœur : ils finissent par se sentir dominés. C’est essentiellement leur problème, mais il peut devenir le vôtre ! En fin de compte, analysez vos propres schémas relationnels. Recherchez- vous des hommes plus faibles que vous, de sorte que vous ayez l’impression de mieux contrôler la relation ? Si tel est le cas, faites attention, car ce type de sécurité peut être de courte durée. Finalement, vous faire confiance et développer vos propres valeurs constituent un meilleur objectif.

QUAND LA DOMINATION EST-ELLE RAISONNABLE?

Une domination modérée fait partie de toute relation amoureuse. L’abandon de certaines libertés est plus que compensé par le merveilleux sentiment d’amour et de don mutuel. Mais, lorsque la domination devient trop évidente, elle provoque un conflit et fait naître le ressentiment. Le premier signal d’alarme apparaît lorsque l’homme dominé commence à protester, soit verbalement, soit en actes. Par « signal », nous entendons seulement : un signe indiquant qu’il faut faire attention. Cela ne signifie pas que vous deviez revenir en arrière, mais qu’il est temps d’aborder le problème. Comprenez ce qu’il ressent et négociez un nouveau type de rapports qui soit agréable aux deux parties. Dans les cas pris en exemple, cette communication n’a pas existé. Les femmes étaient convaincues d’avoir raison — dans certains cas à juste titre — et les hommes se sentaient paralysés. En parler aurait pu éviter les crises qui s’ensuivirent. Quant à ce qu’il est légitime d’attendre de l’autre et de la relation, c’est à l’homme et à la femme d’en décider. Chacun d’entre vous doit déterminer quelle part de son autonomie et de son indépendance il doit abandonner pour que son partenaire se sente sécurisé. Dans toute union, il doit y avoir des accommodements et des concessions si l’on veut aboutir à une harmonie et une satisfaction mutuelles. La question fondamentale est : combien et qui? Il n’existe pas de réponse simple. Nous savons bien que, dans la plupart des mariages heureux, chaque personne est responsable à cinquante pour cent de ce qui va bien et de ce qui va mal. La responsabilité n’en incombe pas uniquement à la femme, sous prétexte qu’on la considère comme toujours plus accessible aux questions d’ordre affectif. Néanmoins, rappelez-vous que vous serez frustrée si vous attendez de\ votre partenaire qu’il prenne l’initiative des changements : les chances en sont minimes. En tant que thérapeutes, nous répondons en pareil cas que celui qui désire le plus le changement ou la communication doit faire le premier pas. Mais, à nouveau, rappelez-vous que la souplesse et le compromis sont toujours indispensables si l’on veut l’harmonie. Le but de toute union est de parvenir à cet enrichissement unique que peut apporter le fait d’être ensemble.

UN PEU DE DOMINATION EST NATUREL

Lorsque nous aimons quelqu’un, nous en arrivons à avoir besoin de lui : aimer et avoir besoin vont de pair. Il s’ensuit que, malgré la pureté ou la nature altruiste de notre amour, nous désirons à certains moments exercer une influence sur l’être aimé. Ces tentatives sont essentiellement destinées à renforcer les liens et d’habitude n’ont pas pour objet d’affaiblir la personnalité de l’autre. Malheureusement, c’est ce qui se produit lorsque l’influence devient trop puissante. Dans le mariage ainsi que dans d’autres types de relations étroites, il existe des codes internes de conduite faisant office de contrôle. Plaçons-nous sous cet angle et nous constaterons que, par exemple, au rang des conduites « interdites » on peut citer l’absence abusive : nous attendons que notre compagnon passe un certain temps avec nous et sa famille. De même, des amitiés trop fortes avec des personnes du sexe opposé sont souvent considérées comme des préludes possibles à des violations de la fidélité sexuelle et vues comme dangereuses. Traiter ces conventions d’étriquées ou de ridicules n’est pas notre propos. Les codes de conduite servent à augmenter le sentiment de sécurité dans une relation amoureuse, d’où leur importance. Les hommes, comme les femmes, ont besoin d’exercer une certaine influence et un certain contrôle sur leur partenaire pour se sentir en sécurité. Aucun d’entre nous n’est assez sûr de soi pour se passer de toute règle dans une relation. Les codes existent pour une autre raison également : nous partons en effet de l’hypothèse que, lorsque nous nous sentons en sécurité, nous sommes plus libres d’aimer pleinement. Notre expérience montre que cela est vrai : les couples où les deux partenaires sont certains de la réciprocité de leur amour ont tendance à être plus expressifs, plus confiants, à montrer davantage leur affection mutuelle.

LÂCHER DU LEST

Si vous vous identifiez à certaines des femmes au comportement dominateur décrites dans ce chapitre, vous devez réagir car, au sein d’une relation, cette méthode de sécurisation est vouée à l’échec. Tout d’abord, soyez honnête avec vous-même et essayez de déterminer jusqu’où peut aller votre insécurité dans une relation amoureuse. Par là, nous entendons votre degré d’anxiété et d’appréhension concernant votre capacité d’être aimée. Pensez- vous vraiment que vous êtes aimée et que votre amant est loyal ? Une légère inquiétude et un certain doute sont permis. Néanmoins, les personnes peu sûres d’elles n’ont pas seulement des doutes ou des inquiétudes passagères ; elles finissent par se sentir véritablement angoissées. Nous avons tous besoin de transformer ce qui est inconnu en quelque chose de connu, de vouloir la certitude et non l’incertitude. Nous y arrivons, en partie, en recourant au contrôle de l’autre. Lorsque nous sommes très dépendants de quelqu’un, nous essayons de prévoir ses allées et venues, nous voulons pouvoir compter sur cette personne. Sciemment ou non, nous avons tous besoin de savoir où se trouve notre partenaire à n’importe quel moment. Certains se contentent d’une idée vague : « Il est au travail », mais d’autres ont besoin de téléphoner plusieurs fois par jour simplement pour se libérer de l’angoisse de ne pas savoir et pour s’assurer qu’ils sont présents à l’esprit de leur partenaire. Voilà qui peut entraîner un comportement obsessionnel, source d’échec. Nos tentatives de contrôle sont en fait des moyens de nous rassurer : sommes-nous essentiels à l’autre ? Même lorsqu’elles n’aboutissent qu’à nous irriter et nous amènent à penser que la réponse est négative, cela ne nous empêche pas d’être soulagés! Même négative, l’attention reste de l’attention. Le contrôle détruit l’amour. La meilleure et la plus saine façon de se sentir sécurisé est de faire confiance. Faire confiance à votre partenaire ne signifie pas seulement penser que… c’est un acte de foi. Ce qui veut dire que la confiance ne se déclenche pas comme une machine. Vous ne pouvez la ressentir qu’en cessant d’être inquisitrice ou de vouloir exercer votre influence. Les personnes peu sûres d’elles qui ont tendance à contrôler les activités de leur compagnon n’apprendront à faire confiance que si elles abandonnent leurs jeux de domination. Si vous le laissez être lui-même, si vous lui donnez son espace vital, si vous lui accordez son indépendance, vient-il à vous ? Se montre-t-il toujours aimant ? Manifeste-t-il toujours son affection à votre égard? Vous pouvez découvrir tout cela si vous affrontez l’angoisse qu’entraîne la perte de votre contrôle sur l’autre. Rappelez-vous que vous avez au départ voulu dominer pour diminuer vos peurs et vos insécurités et que, par conséquent, si vous y renoncez, vous traverserez nécessairement une brève période pendant laquelle vous vous sentirez plus anxieuse et plus nerveuse encore. Assumez-la : vous n’en mourrez pas ; vous ne serez pas dévorée par l’incertitude. Donnez à votre amant une chance de vous prouver son amour. Mais, avant, il vous faut assumer le risque. On se sent beaucoup mieux lorsqu’on fait confiance à son partenaire. Les personnes qui exercent sur l’autre un contrôle excessif pensent toujours en secret qu’elles ne méritent pas vraiment l’amour dont elles sont l’objet. Si vous lâchez du lest, si vous apprenez à supporter l’incertitude, vous trouverez alors l’amour véritable. Et, ce qui est peut-être plus important encore, vous découvrirez en vous une nouvelle force.