Comprendre le besoin de jeu d’un homme

Une rencontre difficile

Les hommes sont souvent dépeints comme n’étant au fond que des gamins, obsédés par les jeux et le désir de jouer. Cela est parfois dit sur un ton dédaigneux, comme si les hommes « mûrs » représentaient l’exception. Le fait est, néanmoins, que non seulement les hommes ont envie de jouer, mais qu’ils en ont besoin pour contrebalancer la pulsion intense qui les pousse à s’accomplir dans leur travail. Le jeu permet à un homme de retrouver l’état d’insouciance de l’enfance. Sa tension disparaît et cela lui permet d’envisager la vie dans une perspective plus équilibrée et plus réaliste. Il est intéressant de noter que tant de femmes qui aiment le côté gamin d’un homme, quand elles tombent amoureuses de lui, le lui reprochent plus tard. Certaines femmes ont du mal à accepter que des hommes puissent être forts et sûrs d’eux et qu’à d’autres moments ils ressentent le besoin de se conduire comme des gamins stupides, en particulier avec leurs copains. Sara ne comprit pas ce besoin, chez son mari, de se détendre. Il n’en aimait pas moins ses enfants ni elle. La désapprobation voilée qu’elle manifestait à l’égard des côtés ludiques de sa personnalité finit par tuer tout amusement dans la relation de Victor, que ce soit avec elle ou avec leurs enfants. Sara ne pouvait pas concevoir la somme de ressentiment que Victor avait ainsi accumulée ni imaginer qu’elle-même était cause de son éloignement. 

L’inquisitrice 

Catherine, trente ans, avait l’impression de devenir folle. Elle se surprit en train de fouiller dans le portefeuille de Gilles après qu’il s’était endormi, contrôlant la note de téléphone pour repérer les numéros qu’elle ne connaissait pas et qu’il aurait pu appeler les soirs où elle suivait des cours, lui téléphonant deux ou trois fois lorsqu’il travaillait le soir ou pendant le week-end à son bureau. Catherine, bien qu’elle se laissât guider par ses soupçons, était gênée par son propre comportement, mais ne pouvait en changer. Une année auparavant, quelques semaines après le début de leur histoire, Catherine avait découvert que Gilles avait passé la nuit avec son ancienne maîtresse, mais cela avait eu lieu bien avant que leur relation ne devienne exclusive. Mis à part cet incident, Gilles ne lui avait jamais donné de raison de douter de lui. Et pourtant, la jalousie et la possessivité devinrent des problèmes majeurs entre eux au fil du temps. Quant à Gilles, il se sentit étouffé par cette jalousie et se tint constamment sur la défensive. Il avait l’impression qu’il devait rendre compte de ses mouvements à chaque seconde, comme s’il se défendait sans cesse. Malgré tous les gages de réassurance qu’il donnait à Catherine, la jalousie et le caractère soupçonneux de celle-ci persistèrent et empoisonnèrent de plus en plus leurs rapports. Gilles était profondément affecté et déçu par la dégradation de leur relation. Il avait été certain qu’ils se marieraient et auraient des enfants ensemble. « Au début, c’était merveilleux d’être ensemble. C’était intense, mais je pensais que cela venait du fait que nous commençions à prendre l’habitude de vivre ensemble. Mais, au lieu que les choses deviennent encore plus aisées, plus détendues, tout devint de plus en plus difficile. Catherine était obsédée par cette nuit que j’avais passée ailleurs, et pourtant cela avait eu lieu avant que nous ne formions vraiment un couple. J’essayais de l’aimer et de la sécuriser, mais je n’y arrivais pas. » Son ressentiment grandit jusqu’au moment où il se mit à haïr chaque question qu’elle lui posait, même les plus innocentes, sur la manière dont s’était passée sa journée. Il commença à rester très tard à son bureau et, avant même qu’ils aient vécu ensemble un an, il lui demanda de partir. Catherine était tellement obsédée par l’idée de découvrir un signe quelconque de l’infidélité de Gilles qu’elle ne se rendait absolument pas compte de l’impact qu’avait sur lui son comportement. Il désirait être proche d’elle, mais pas au point que cette intimité devienne une invite à des séances d’interrogatoire. Quand il se mit à quitter son bureau de plus en plus tard, cela aurait dû avertir Catherine qu’elle le poussait à s’éloigner. Au lieu de quoi, elle vit dans ses absences la preuve supplémentaire de la liaison soupçonnée, de sorte que son anxiété s’intensifia.

Comment se débarrasser de cette torture qu’est la jalousie ?

La jalousie est une des émotions les plus pénibles que nous puissions connaître. Elle peut être si obsédante et permanente que nous avons l’impression de ne plus la maîtriser. La peur de perdre quelqu’un dont nous sommes dépendants peut être terrifiante. Les personnes jalouses sont en lutte avec un ennemi imaginaire qui pourrait leur dérober l’amour. Poussée à l’extrême, la jalousie est semblable à la paranoïa. On voit des signes partout. Chaque mot, chaque geste revêt une signification particulière et menaçante. Lorsqu’elle ne cesse pas, la jalousie peut lentement et sûrement tuer un amour. Même si l’homme ne part pas physiquement, il se retire affectivement et spirituellement. L’amour et la confiance ne peuvent pas s’épanouir dans une atmosphère de soupçon et de ressentiment. Souvent, la jalousie a de fait un fondement : les infidélités passées. Catherine utilisa la nuit que Gilles avait passée dehors comme support de sa méfiance, bien qu’il n’ait pas encore été question entre eux d’un engagement exclusif au moment où cela s’était produit. Malgré cela, son comportement détruisit ce qui aurait pu devenir un mariage heureux et durable. Nos réactions face à la jalousie sont quelque chose de très personnel. Cela met en jeu la confiance que nous avons dans notre capacité à pouvoir être aimé et la valeur que nous nous attribuons. Lorsque nous nous sentons accompli et que nous connaissons notre valeur, nous échappons à ces poussées ravageuses de fantasmes de jalousie et à ces soupçons. Être jaloux, c’est se sentir en insécurité, inadapté, inintéressant. Un certain degré de jalousie est naturel dans une relation amoureuse, mais la jalousie peut devenir incontrôlable et destructrice lorsqu’elle est alimentée par le manque de confiance en soi. La jalousie peut non seulement blesser celui qui en est l’objet, mais également nous-mêmes, car elle ronge l’essence de notre intimité. Si vous vous découvrez en train de lutter contre la jalousie, comme ce fut le cas de Catherine, essayez d’utiliser ce sentiment torturant pour commencer à vous aider vous-même. Sachez d’abord que vous exagérez sans aucun doute les sentiments négatifs que vous avez envers vous-même et que vous sous-estimez vos qualités. En vous laissant engluer par la jalousie, en vous laissant conduire par elle, vous vous faites plus de mal que nécessaire. Arrêtez la spirale descendante en vous confrontant au vrai problème : l’estime de soi. Le premier pas consiste à contenir la jalousie. En parler, vous en inquiéter, ou agir sur elle ne serviraient qu’à donner plus de consistance à vos peurs. La matérialiser en soupçons et en accusations non seulement augmente son pouvoir sur vous mais écarte de vous votre amant. Canalisez l’énergie dépensée en inquiétude et en doutes et vous vous sentirez mieux avec vous-même. Essayez de faire la liste de toutes les qualités que vous aimez chez vous. Croyez en ce que vous avez écrit, pensez-y, et souvenez-vous-en. Réfléchissez aussi à ce qu’il faudrait améliorer chez vous. Il est même utile d’essayer d’imaginer ce que votre amant pourrait aimer chez une autre, car il s’agit probablement des qualités dont vous pensez être dépourvue. N’essayez pas de ressembler à cette femme, mais peut-être y a-t-il certains aspects de votre personnalité que vous aimeriez voir changer. Étudiez-les, non pas dans un climat de crainte, non pour l’homme que vous aimez, mais pour vous-même. 

La « saint-bernard » 

Anita, trente-six ans, n’était sortie qu’avec Mathieu depuis qu’ils s’étaient rencontrés, deux ans auparavant. Ils avaient parlé de se marier un an avant, mais il avait toujours repoussé le moment de fixer une date, sous des prétextes vagues. Elle commençait à en être de plus en plus contrariée, et irritée, car elle était convaincue de convenir parfaitement à Mathieu. Leurs amis pensaient qu’il était stupide de ne pas l’épouser. « Vous vous rendez compte de ce qu’elle a fait pour lui! » disaient-ils. Mathieu, néanmoins, n’en était pas si sûr. Il reconnaissait, c’est vrai, qu’elle l’avait aidé, mais il éprouvait des doutes irritants sur son amour pour elle. Les mois passant, ses doutes augmentèrent et lui-même ne savait pas pourquoi. Quand ils se rencontrèrent, Mathieu venait juste d’essuyer un échec en affaires : il s’était séparé d’un partenaire tant soit peu malhonnête dans une affaire de pièces détachées pour automobiles, qui ne marchait pas. Il aimait se voir en homme entreprenant et avait certainement quelques bonnes idées commerciales, mais il n’avait jamais réussi à en tirer parti. Sa rencontre avec Anita, décoratrice d’intérieur en pleine réussite, semblait parfaite. Anita l’aida à mettre sur pied sa nouvelle entreprise et devint également une sorte de professeur, aidant Mathieu à améliorer ses relations publiques, son point faible. Elle adorait faire ça pour lui et il lui en était profondément reconnaissant. Mais, les mois passant, Mathieu commença à trouver agaçants l’aide et les encouragements qu’au départ il était heureux de recevoir. Il savait qu’Anita prenait ses intérêts à cœur, mais il se sentait dominé, voire manipulé par elle. Alors même qu’il devenait plus compétent, elle continua, en quelque sorte, à « inspecter » son travail pour être certaine que tout était correct. Même lorsque sa manière de faire les choses était meilleure, il commença à repousser ses idées et à essayer de faire les choses à sa guise. Finalement, les rapports de force devinrent plus importants dans leur relation que les moments de plaisir et d’harmonie. Il savait qu’une partie du problème venait de ses doutes constants, mais cela ne l’empêcha pas de lui en vouloir de plus en plus. Anita n’avait que vaguement conscience de la résistance que Mathieu opposait à son aide et ne la prit pas au sérieux. Inconsciemment, elle avait peur de lâcher la bride, comme si elle craignait qu’il ne l’aime plus, comme s’il n’avait plus besoin d’elle. Anha n’avait jamais reconnu le fait qu’elle résolvait son problème d’insécurité vis-à-vis des hommes en se rendant indispensable. Non pas qu’il y ait eu un calcul quelconque de sa part, car elle adorait se rendre utile et devenir une vraie partenaire. Mais Mathieu se mit à faire plus attention aux aspects négatifs de son comportement dominateur qu’aux côtés positifs de l’aide qu’elle lui apportait. Anita pensait qu’il aurait dû se montrer capable de faire face à sa compétence avec moins d’ambiguïté. Elle avait raison. Si Mathieu avait été plus sûr de lui, il en aurait parlé plus directement et aurait pu arrêter le courant négatif dans lequel était entraînée leur relation. Mais il n’en était pas capable. La charge de sauver la relation incombait-elle à Anita ? Non. En présentant ce cas, notre but est simplement d’illustrer la manière dont une « saint-bernard » peut provoquer des retours de flamme. Si vous avez choisi cette voie pour gagner l’amour d’un homme, soyez consciente du ressentiment non formulé qui peut naître si vous ne le laissez pas s’affirmer par lui-même. La fin de l’histoire est qu’Anita et Mathieu furent incapables de modifier leur relation et se séparèrent. Anita continua sa thérapie et peu à peu résolut certaines de ses insécurités personnelles. Au fur et à mesure qu’elle devint plus consciente de son identité et de sa valeur propres, elle commença à penser qu’elle pouvait être aimée par un homme pour ce qu’elle était, et non pour ce qu’elle ; était capable de faire pour lui. Plus elle devint sûre d’elle, plus les hommes qu’elle commença à choisir étaient également sûrs d’eux.